hiver (5)
Pas lent de mon père
si chancelant à mon bras –
nous avons mille ans
Il m’a demandé :
– Et ton père quand est-ce qu’il meurt ?
Et il m’a souri
Pas lent de mon père
si chancelant à mon bras –
nous avons mille ans
Il m’a demandé :
– Et ton père quand est-ce qu’il meurt ?
Et il m’a souri
Au fond il s’agit moins de décrire que de ressentir. L’écriture, nue à l’extrême, se dépouille de tout ce qui encombre pour se faire sismographe du moindre tressaillement. A fleur de peau, les yeux, les oreilles grands ouverts, il y a, là aussi leçon d’écriture : il faut rester à la surface, s’en tenir à l’épiderme, ne pas s’embourber dans les méandres de la psychologie, du ressassement, et ne se fier qu’aux signes, aux manifestations.
Préface à “la Lune et moi”. Ed Points 2011
Le haïku ne décrit jamais : son art est contre-descriptif, dans la mesure où tout état de la chose est immédiatement, obstinément, victorieusement converti en une essence fragile d’apparition (…)
Grondements du train
Les rails comme un trait d’oubli
Regrets étirés
Le train arrêté
à peine bougent ses lêvres
lisant son Coran
Bercée par le train
Combien de temps ai-je dormi
Posée sur mon poing ?
En vain mes yeux cherchent
à lire le nom de la gare
déjà disparue
La vitre griffée
du train de banlieue
éclats d’un rire africain