Été (4)

Traversée de vent

ennivrée de sa douceur

emplie de son chant

De ces jours si longs

de ces nuits si chaudes

je ne veux rien retenir

Pages d’un livre neuf
un peu de terre du jardin
sous mes ongles

Roland Barthes

Roland Barthes

(…) d’un côté il est évident que le haïku n’est pas un acte d’écriture à la Proust, c’est à dire destiné à « retrouver » le Temps (perdu) ensuite et après coup (…) par l’action souveraine de la mémoire involontaire. Dans le haïku, il s’agit au contraire de trouver (et non pas de retrouver) le Temps tout de suite et sur le champ ; le Temps est sauvé tout de suite comme si il y avait concomitance de la note (de l’écriture) et de l’incitation, comme s’il y avait une fruition (ce mot existe en français, n’en doutez pas, c’est dans Montaigne, une jouissance) immédiate du sensible et de l’écriture, l’un jouissant par l’autre grâce à la forme haïku. Donc, dans le haïku, il y a une écriture de l’instant, une écriture absolue de l’instant.

ÉTÉ (3)

Au bord de la route
compte-t-il les camions
ce grand héron gris ?

Hérissées – les chaumes
des corbeaux dansent un Van Gogh
Le héron attend

Forteresses de paille
Vous qui régnez sur la plaine
craignez vous la foudre ?

Été (2)

Été (2)

Au ciel tourmenté
elle ajoute un arc en ciel
l’averse argentée

Les mains sur les yeux
le voleur griffé par la pluie
s’emplir de tonner

À perte de vue
frissons blonds dans l’orge vert –
Mais trois coquelicots

Bergounioux

Bergounioux

Le jaune, lorsqu’il est vif, est la parure de la terre. C’est l’or et la gloire des moissons, midi, le plein été, la magie des lampes dans le bleu du soir, la flamme, les fleurs qui escortent la marche du soleil, la resplendissante lessive du couchant et le champ des étoiles. (…) Mais que le jaune perde de son éclat et c’est vers l’extrémité opposée, au plus bas de nous-même que nous sommes tirés. (…) Il n’est au pouvoir de personne de se débarrasser de sa pensée, de s’empêcher d’anticiper. Sous le jaune le plus brillant, la richesse et le rayonnement des instants qu’il magnifie, leur contraire est tapi. Qu’ils palissent, s’éloignent, et voici l’anémie, l’indigence, la désolation, l’accablement et nous savons bien qu’ils pâliront.
« Couleurs ». P Bergougnioux et Joël Leick. Ed Fata Morgana 2011