Yves Bonnefoy
La langue, oui – mais aussi ce silence qui la troue, l’amincit, filigrane clair, la dissipe presque dans sa lumière
La langue, oui – mais aussi ce silence qui la troue, l’amincit, filigrane clair, la dissipe presque dans sa lumière
La pie affairée pose une dernière brindille et le nid s’écroule
Le parc a fleuri
un printemps de contrebande
émerge des brumes
Nuages louds
qu’il est lent à refluer
ce jour d’avril
Vert déplié
aux branches noires des bouleaux
depuis ce matin
Les tilleuls du mail
se sont grimés de vert tendre
en une seule nuit
Sur l’allée du cimetière
un tapis de fleurs d’érable
sous mes pas, soupirs
Frissons sur la flaque
qui font trembler les nuages
soleil de mars
Soudain le tonnerre
le ciel est blessé, il saigne
bref drame de mars
La grêle attendue
ouvre une brèche au couchant
la lumière enfin !